Suisse : Tsanfleuron 2017
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Suisse : Tsanfleuron 2017

 

Exploration karstique au pied du glacier - altiitude 2700m

Pariticipants GSC : Daniel et Pascale

Samedi 12/08

Les Diablerets

Partant de Belgique, Pascale et moi arrivons au col du Pillon vers 18h30. Nous y attendons notre rendez-vous avec nos jeunes « jumeaux » du Spéléo-Club du Jura (SCJ) que sont Julien Frésard, Louis Staëhelin et Wendy Bolzli. Ceux-ci arriveront peu de temps après, nous laissant ainsi le temps de nous dégourdir les jambes. La petite voiture de Julien est bourrée à craquer de matériel en tout genre. Nous nous rendons avec nos compagnons suisses dans le centre des Diablerets dans le but de nous restaurer, et nous retrouvons au cœur du Festival International du Film Alpin. Parmi la foule, nous trouvons une place à table sous les chapiteaux et choisissons de manger une excellente fondue au Gruyère. Ce sont nos derniers instants de civilisation avant une semaine au frais.

Nous remontons au col du Pillon, où nous passerons la nuit derrière la gare de téléphérique. Julien nous confectionne une table à l’aide d’une palette puis allume une bougie, et, quelques morceaux de bois ajoutés autour de la flamme nous réchauffent pour la veillée du soir.  La nuit est sans nuages et nous dormirons à la belle étoile à côté de nos voitures.  La rosée envahit l’extérieur de nos sacs de couchages, mais on ne ressent pas l’humidité tant que l’on ne touche rien d’extérieur.  Les étoiles filantes sont très nombreuses et, bientôt, la lune, qui en est à son dernier quartier, devient éclatante.

 

Dimanche 13/08

Ascension

« Non, rien de rien, non, je ne regrette rien… », une chanson qui nous tire hors de nos rêves : Louis nous réveille vers 6h15 et part chercher des pains au chocolat.  Julien prépare le café, et nous émergeons de notre sommeil et rangeons sacs et matelas.

A l’heure prévue, 7h15, nous faisons connaissance avec Gérald et Rose-Marie Favre, de la Société Spéléologique de Genève (SSG), qui ont pensé le camp jusqu’aux moindres détails.  Leur voiture, elle aussi, est pleine, essentiellement des moyens de subsistance (repas avec desserts, pique-niques, …).

Grâce à leur collaboration avec la société Glacier 3000, notre ascension sera aisée : nous monterons tous au sommet de la montagne en téléphérique et le matériel sera acheminé au camp en chenillette.  Sympas, cette société et ses collaborateurs qui, non seulement nous ont permis cela gratuitement, mais nous ont aussi mis à disposition deux chariots et une palette pour que l’on circule aisément dans les trois gares menant au sommet du Scex Rouge (1971m).  A pied dans la neige, nous suivons les traces de la chenillette sur le glacier et descendons jusqu’à la limite de celui-ci vers 2700m où le matériel est déchargé.

Montage du camp

Nous installons le camp à deux minutes de marche à peine du lieu de déchargement.  Au bord de notre itinéraire, Gérald découvre un gouffre qui était totalement recouvert de glace lors des années précédentes et se retrouve complètement à nu cette année.  Numéroté D20, la mesure réalisée au télémètre laser révèlera qu’il est profond d’au moins 27,50 m.

L’endroit de camp est sec et la moraine présente encore les traces de terrassement d’un camp précédent, donc il ne nous faut plus beaucoup préparer le terrain pour nous y installer.

A peine installés, Denis Favre (SSG), qui est monté en autonomie totale, nous rejoint pour nous soutenir en début de camp.

Balade karstique

L’après-midi, sous le soleil, Gérald nous emmène à travers le lapiaz et nous montre deux gouffres dont celui des Hollandais (D16), déjà exploré précédemment mais pas à fond, et qui pourrait constituer un objectif de camp pour ceux qui le veulent.  Ça et là, nous trouvons de grosses cartouches en acier, Gérald et Denis nous expliquent qu’il s’agit d’obus tirés par l’armée suisse lors d’exercices de DCA sur le glacier.

Ensuite, nous suivons Julien et Louis qui parcourent le karst vers l’Est en direction de la cabane de Prarochet.  Je découvre un trou dans lequel les cailloux que je jette tapent plusieurs fois sur les parois en quelques secondes.  Un de ces cailloux a même déclenché une petite avalanche bruyante : cela semble prometteur, il faudra y revenir…  On le nommera « puits des Carolos » (D21).

Dans l’étendue du lapiaz, le groupe se disperse peu à peu et c’est au compte-goutte que nous rentrons chacun séparément au camp, où arrivent encore Yohann « Yoplait » Fleury du Groupe Spéléo de Porrentruy (GSP), suivi de peu par Ludovic, Margot et Vincent (SSG).

 

Lundi 14/08

Puits des Carolos (D21)

Yohann accompagne Pascale et moi au puits des Carolos.  Il enroule la corde sur un énorme bloc à proximité, plante le premier goujon, puis il me donne quelques recommandations pour ma première expérience de « Première » en verticale (purger les paliers, choisir judicieusement les endroits d’amarrages pour que ce soit bon pour tous ceux qui suivront après moi, etc.).  Je me lance dans la découverte avec une corde de 62 m, un marteau, un perfo, quelques goujons et une clé de 13.

C’est un très joli puits, disposant d’une entrée de forme lenticulaire, et contenant trois petits paliers à partir desquels j’installe deux fractios.  Entre chacun d’eux, il y a environ quinze mètres.  Je suis en admiration devant la grandeur des lieux, cependant, je déchante rapidement lorsque, cinq ou six mètres après le troisième fractio, j’arrive au fond du puits comblé de cailloux. Yohann me rejoint et constate, lui aussi, qu’il n’y a pas de courant d’air, donc probablement pas de suite : si l’on veut continuer, il faudra remonter les cailloux en surface…

Nous remontons prudemment, parce que je n’ai pas purgé suffisamment de gros cailloux, et certains tombent encore.  Pascale s’habille et, avec elle, nous prenons les mesures du puits pour la topographie.  Le fond se situe à -35 mètres.

Puits des Taupinambours (D22)

Après son incursion avec moi dans le puits des Carolos, Yoplait qui remontait vers le camp a trouvé un autre trou intéressant, du coup, il nous l’a signalé pour qu’on y jette un œil.

Corde enroulée sur un gros caillou puis sangle passée autour d’un autre bloc bloqué au-dessus du trou, Pascale est descendue la première.  Elle purge un palier vers -5 mètres et entame un second cran de descente dans une faille, mais elle hésite à descendre plus bas parce qu’il faudrait placer une déviation, or nous avions laissé le perfo à Yoplait…

Je descends alors et je constate qu’il est aisé de parcourir ce deuxième cran de descente en oppo sur des lames de roche, donc j’y vais.  D’un côté, à environ deux mètres de l’axe de descente, la faille se resserre tout de suite alors que de l’autre, derrière une lame rocheuse, elle donne naissance à une galerie aux dimensions modestes, plongeante, mais bouchée de cailloux.  Il n’y a pas de courant d’air.  Je prends quelques visées topographiques en remontant, histoire d’estimer la profondeur atteinte : -18 mètres.

Prospectant sur le lapiaz avec Vincent l’après-midi, Yoplait est repassé nous voir et nous montre encore un trou (D23) à explorer non loin au nord.  En poursuivant la route vers le camp, Pascale et moi en apercevons un petit dernier (D24) sur un plateau.  En voilà, de beaux objectifs pour les prochains jours… !

 

Mardi 15/08

Gouffre Yoplait (D23) épisode 1

Pascale et moi nous rendons sur les lieux que Yoplait nous a montrés. Outre le puits qui semble le plus prometteur, on y observe plusieurs trous dont au moins un communique avec le trou principal.

Simplement pour le plaisir de confirmer la connexion et savourer d’autant plus le trou principal, je m’introduis dans celui que nous appellerons D23b, corde amarrée au gros bloc suspendu en travers du trou : une fois passé sous le bloc, on prend pied vers -3 mètres dans une petite salle dont le sol s’incline en direction d’un trou noir, pas très large mais qui pourrait être pénétré si on prenait le temps de remonter quelques cailloux en surface.  Le deuxième orifice de D23b donne également dans cette petite salle. Je laisse les cailloux en place et remonte vers Pascale.

Nous réutilisons le même bloc comme amarrage naturel et plantons les deux premiers goujons à l’entrée de D23 principal. Un déviateur sur AN est rapidement posé à -2m et, croisant au passage la lumière filtrée par D23b, je file vers un palier à -15m.

D’un côté du palier, sous l’arrivée de D23b, un trou bouché de cailloux, et de l’autre côté, un passage libre d’environ 50 de diamètre : bingo !  J’y balance des blocs, laisse de côté un verre de lunettes de soleil sûrement perdu par un randonneur, et plante un fractio.  Je garde contact vocal avec Pascale, restée en surface, et descends.

Impressionnant !  Le puits s’agrandit et je dois maintenant placer un fractio plein vide.  Je ne vois pas de fond…  Quel pot, il a eu, ce Yoplait, de trouver ce gouffre prometteur !  Sur ma gauche, je vois l’arrivée du trou bouché, et sur la droite, commence à se profiler une stalactite de glace, longue de quelques mètres.  Plus je descends, plus les parois sont empreintes de glace.  Je bute sur un palier et me rends compte que la diaclase est oblique : je dois remonter un peu, puis placer un fractio plein vide à l’opposé, sous un éphémère « chat » de glace, ce qui me permet de continuer la descente.  Un peu plus bas, un nouveau palier, et suit la déception : je suis en bout de corde !  Il me reste tout juste de quoi fractionner à l’opposé, encore une fois en plein vide, et dire que je distingue à peine ce qui pourrait être le fond à une vingtaine de mètres…  La position pour fractionner n’est pas confortable parce que la diaclase est plus large et que je glisse sur la glace, mais ça va quand même (normalement, la prochaine fois, on n’aura plus qu’à accrocher la corde supplémentaire et on sera au fond).

Je remonte et le contact vocal avec Pascale, qui avait été perdu entretemps, est rétabli lorsque je suis à hauteur du premier fractio plein vide.  Constatant un frottement juste au-dessus et comme on devra redescendre, j’ajoute un déviateur.

Pascale s’équipe et, dès que je sors du trou, elle y descend pour se rendre compte par elle-même.  Elle déséquipe car on pourra gagner de la longueur de corde le lendemain en plaçant d’autres goujons plus proches de l’orifice que le bloc suspendu.

Trou inexploré (D24)

En attendant que Pascale remonte, je vais jeter un œil au trou D24 sans encore y pénétrer.  Je le trouve moins prometteur que D23, mais il mériterait certainement une petite incursion car les cailloux jetés dans une fissure qui relie deux ouvertures en surface tombent profondément.  L’axe de la fissure nous amène à ce qui pourrait être une troisième entrée à ce trou.

Pente à cailloux (D25 ?)

Toujours en attente de la remontée de Pascale, je dégage quelques cailloux dans un trou oblique qui se situe entre les deux gouffres, et dont il faudrait extraire un énorme bloc pour espérer continuer plus loin.

 

Mercredi 16/08

Gouffre Yoplait (D23) épisode 2

Talonné par Pascale qui descend le perfo, avec une corde de 97 mètres, je redescends dans le gouffre D23.  Aujourd’hui, c’est une journée de purgatoire : il y a encore plein de blocs oubliés dans la purge de mardi, qu’il faut balancer avant de placer la corde.  En plus, la glace a partiellement fondu et pas mal de blocs collés aux parois étaient menaçants, sans compter que les pointues stalactites de glace ne tenaient plus à grand-chose.

Longtemps plus tard, j’atteins à nouveau le dernier fractio équipé la veille et descends enfin.  A ma stupéfaction, plutôt que de se rétrécir comme je l’attendais, la diaclase s’élargit et il y a une suite, mais la quasi-totalité des parois sont couvertes d’une couche de glace.  Prenant place sur un palier, je demande à Pascale de descendre pour qu’elle m’apporte le perfo, puis elle doit remonter au fractio.  Je cherche un endroit judicieux pour les amarrages suivants, dont un endroit que j’atteins en escalade en cassant des concrétions de glace, mais l’apparence « sèche » de la paroi à l’endroit que je visais était très trompeuse.  Je redescends au palier et trouve le moyen de réaliser une main courante agréable (à peine glissante !) qui permet d’arriver en douceur sur une pente neigeuse et atteindre la paroi opposée de la diaclase.  La neige s’effondre en-dessous de moi ; je tombe.  Je parviens tout de même à équiper à l’opposé comme je le voulais, puis descendre au bas de la pente neigeuse.  Ensuite, après un départ plein vide, il y a une autre descente verticale de plusieurs mètres où je tombe à nouveau à court de corde.  Bigre, il nous faut encore remonter !

Gouffre Yoplait (D23) épisode 3

Nous repassons par le camp pour prendre une corde supplémentaire, malheureusement, il ne reste plus qu’une 11 m.  Tant pis, elle fera bien l’affaire pour atteindre le palier que j’ai vu, et nous laissons le perfo au camp.

Pascale en tête, nous redescendons.  Nous entreprenons les mesures et croquis du gouffre.  Première au fond, Pascale descend dans la verticale que j’ai laissée : elle y voit encore un passage étroit d’environ 40 cm à parcourir entre deux parois mais cela nécessitera encore une main courante, et il reste un immense volume derrière.

Au laser-mètre à déjà 80 mètres de profondeur, je mesure encore au moins 8 m dans le vide.  En fait, le puits-faille se rétrécit en son centre, ce qui a donné naissance à un pont de blocs et de glace et la pente neigeuse au-dessus de nous, mais la deuxième partie en-dessous du pont de glace serait moins exposée au gel…  A continuer…

 

 

Jeudi 17/08

Col de Sanetsch

Après un dernier passage par la surface du D23 pour viser les différentes entrées sur le plan au DistoX2, Pascale et moi faisons une pointe en randonnée en direction du col de Sanetsch.

Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons assoiffés à la cabane de Prarochet où nous rencontrons fortuitement Gérald et Rose-Marie.  Nous terminons la balade avec eux, qui nous montrent notamment le trou du Filet.

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